Celui qui devînt Filou

Ce petit chien était loin d’être mon idéal et j’étais certainement loin d’être le sien.

Toutefois, nos routes se sont croisées et nous partageons aujourd’hui le même foyer. Nos débuts ont été difficiles et il a fallu que nous fassions des efforts pour nous comprendre.

Ce chien avait connu la solitude et la douleur et moi la peine d’avoir perdu ma petite chienne adorée, Princesse, décédée trop tôt.

La première fois que je l’ai vu c’était en photo sur le forum des pinschers dans un sujet daté du 9 mai 2009 et intitulé « Petit pinscher d’un an accidenté – SPA de Dunkerque ».

Le déclic

Lorsque je l’ai vu, je me suis dit « Pourquoi pas ? ». Son regard si triste m’a interpelé.

Retrouvé blessé, ce petit chien sans nom errait seul dans les rues de Dunkerque. Tatoué, personne ne l’a réclamé. La patte avant gauche gravement atteinte, l’amputation était inévitable.

Son destin était donc bien noir.

J’avais de la peine pour lui mais à ce moment là je ne savais pas qu’il me faudrait davantage que des bons sentiments pour l’aider.

L’adoption

Décidée à le recueillir, je me suis manifestée sur le forum d’où est partie son histoire : CANI-NURSING. Ce forum présente les activités de l’association du même nom qui est un centre de soins et de convalescence pour chiens.

De fil en aiguille, l’adoption à la SPA fut prévue pour le samedi 30 mai 2009. Une formidable chaine de solidarité s’était créée autour de ce petit chien puisque la présidente de CANI-NURSING avait tout organisé pour le jour J et qu’une des participantes du forum s’est proposée de venir nous chercher, ma mère et moi, à la gare de Dunkerque pour nous emmener à la SPA.

Et ce fût ce jour là que, émue, je pris FILOU dans mes bras pour la première fois. A cet instant, il venait d’acquérir un nom, une famille, un foyer, un avenir.

J’étais prête à m’investir dans la gestion de son handicap et à l’aider à vivre malgré sa patte en moins. Mais Filou n’en avait pas vraiment besoin car il s’est très bien adapté à sa nouvelle condition et seul le regard des autres rappelle qu’il a un handicap.

A la maison

Je me souviens avec tendresse du moment où Filou s’est approché de moi lors de son premier jour à la maison. Je me suis assise sur le canapé et il est venu se blottir tout contre moi, sa tête posée sur ma cuisse.

Il aime les contacts et a très bon caractère. Il émane de lui une véritable joie de vivre.

C’est un chien relativement calme à l’intérieur. Il ne fait pas de bêtise et est très propre.

Cependant, Filou souffrait d’un mal invisible.

Les promenades

Le deuxième jour, je me suis aperçue que Filou avait des problèmes pour sortir. Il pleurait et aboyait sans raison.

Le troisième jour, les promenades devinrent un véritable calvaire, certainement autant pour lui que pour ses maîtres.

Filou hurlait et pleurait en permanence et ne supportait pas la vue d’un quelconque être vivant aux alentours : chien, humain ou autre.

Pour pouvoir sortir, il fallait le prendre dans les bras et lui cacher la vue, et ce jusqu’à ce que nous arrivions dans un terrain désert.

Ça ne l’empêchait pas de faire des vocalises mais au moins nous bénéficions de la discrétion des lieux.

Impossible de croiser un chien sans que Filou ne fasse des crises incontrôlables.

Par conséquent, pour le sortir, ma famille et moi évitions certains lieux et faisions des détours. Nous le sortions également à des heures plus calmes.

Filou avait apparemment développé une peur de l’extérieur.

Et moi, j’éprouvais un énorme stress à l’idée de le sortir.

Mais qu’allions nous faire ?

Les doutes

Pour être honnête, je dois avouer que j’ai regretté cette adoption. La première semaine, je l’ai passé à pleurer sur mon sort et à en vouloir à la famille d’accueil qui l’avait recueilli car j’ai appris qu’elle était au courant de ses problèmes.

Je voulais donner une chance à ce petit chien, mais avions nous, ma famille et moi, les épaules assez larges ?

Les diverses tentatives
pour essayer d’améliorer la situation

Si je n’ai pas tout essayé, je n’en suis pas loin.

Tout d’abord, le vétérinaire a prescrit à Filou un médicament pour traiter ses troubles de l’anxiété.

Ensuite, il a eu un collier DAP, diffuseur d’hormones apaisantes et des fleurs de Bach contre le stress.

Nous avions confectionné une « boîte à bruit » grâce à un contenant métallique et des pièces. A chaque cris, hurlement, aboiement, nous la secouions afin que, surpris, il s’arrête. Mais ça n’a fonctionné qu’un temps.

Pour je ne sais quelle raison, Filou avait peur des bouteilles d’eau, alors à chaque promenade nous en avions une. Comme pour la
« boîte à bruit », ça n’a marché que pendant un moment.

Pour le rassurer, nous faisions toujours le même parcours.

Chaque sortie étaient différentes, soit Filou pleurait comme un gros malheureux puis se calmait, soit il aboyait furieusement sans raison pendant toute la promenade. Je ne savais jamais à quoi m’attendre, de l’espoir je passais au désespoir.

Il nous fallait passer à l’étape supérieure.

Les cours d’éducation canine

Après trois semaines éprouvantes, ma famille et moi n’avions toujours pas baissé les bras, mais nous ne pouvions plus rester seuls.

Il nous fallait de l’aide.

Après en avoir discuté avec un des éducateurs du club canin de ma ville, j’ai emmené Filou à son premier cours d’éducation. Il s’agissait plutôt d’une séance d’observation.

Aujourd’hui, je réalise à quel point ce cours fût pénible pour les autres participants, mais pour moi ce fut un réel succès.

A la vue des autres chiens, Filou a aboyé sans arrêt pendant presque une heure, puis il s’est fatigué et a même fait ami-ami avec un autre chien.

L’espoir était là.

Les progrès

Les cours suivants furent encourageants. Filou acceptait les autres chiens et s’amusait même avec eux.

Les progrès ne furent naturellement pas immédiats mais ils étaient là. En tout cas, il n’aboyait plus sur les humains et c’était déjà beaucoup.

Dans la rue, au lieu de contourner les chiens, je me suis mise à faire face. Je passais à côté d’eux comme si de rien n’était. Evidemment, Filou aboyait furieusement mais je le maintenais. Je ne fuyais plus.

Puis petit à petit, je remarquais qu’il aboyait moins. Il pleurait toujours mais son comportement avait changé.

Et élément important, Filou prenait du plaisir à sortir.

En cours, Filou a appris à s’asseoir et à se coucher. Je n’avais jamais fait cela avec mes chiens précédents.

Les promenades devinrent agréables à la fois pour lui et pour ses maîtres. Filou cessa petit à petit d’agresser la plupart des chiens.

Malheureusement, il a régressé en raison de la pause estivale et il a fallu recommencer à le réadapter aux autres chiens.

Il faut en effet être en vigilance constante.

En conclusion

Je suis heureuse d’avoir Filou auprès de moi et de lui avoir donné une famille. Pour rien au monde je ne voudrais m’en séparer.

Je suis fière de notre histoire, mais pour dire la vérité, si j’avais su ce qui m’attendait je ne sais pas si j’aurais tenté l’aventure.

Il nous a fallu bien du courage à ma famille et à moi pour en arriver à la situation actuelle. Nous avons persévéré malgré les difficultés.

Il reste encore du travail, heureusement, le temps fait son œuvre.

Filou
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FILOU JOUE ET APPREND
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